Sunday, September 18, 2011

Les 45 annees de la Revue canadienne de sociologie (et d'anthropologie).

Les 45 annees de la Revue canadienne de sociologie (et d'anthropologie). CETTE NOTE DE RECHERCHE POURSUIT QUATRE objectifs: premierement,j'y reitererai l'enonce de mission de la Revue canadienne desociologie (et d'anthropologie), appelee ci-dessous RCS.Deuxiemement, je ferai une analyse empirique des articles publies dansla revue. Troisiemement, je comparerai les articles publies dans la RCSet les Cahiers canadiens de sociologie (CCS). Enfin, je discuteraibrievement du role de la RCS dans le transfert des connaissances aupublic ainsi qu'aux responsables des orientations politiques. Dansle processus, nous pourrons peut-etre avoir une meilleure comprehensionde la structure intellectuelle et professionnelle passee et actuelle dela RCS, et aider les chercheurs et les administrateurs a comparer lavaleur relative des deux principales revues de sociologie au Canada. La Revue canadienne de sociologie: ses objectifs et sesrealisations La Revue canadienne de sociologie, connue autrefois sous le nom dela Revue canadienne de sociologie et d'anthropologie, est la plusancienne revue de sociologie (et d'anthropologie) du Canada dontles articles sont evalues par les pairs. C'est le fleuron del'Association canadienne de sociologie (et d'anthropologie,anterieurement) et elle est la revue canadienne prestigieuse etinfluente de la discipline. Sa mission est la diffusion des theories etdes recherches innovatrices qui se trouvent au coeur meme de ladiscipline. Elle vise a assurer que les sociologues, avec une grandevariete d'expertises et d'interets, puissent communiquer entreeux et s'appuyer sur les travaux de chacun. Ainsi son objectifest-il de servir de canal permettant de contrer les forces de laspecialisation, de la differentiation et de la fragmentation. De 1964 a 2009, la RCS a publie 933 articles. Les sujets de cesarticles comprennent des domaines aussi vastes que l'inegalitesociale, le travail et les professions, l'industrie et latechnologie, l'education, la politique, le genre et la sexualite,la race, l'immigration et l'ethnicite, la famille, lareligion, la criminalite et la deviance, la sante, les medias, laculture, la socialisation, la mondialisation et l'environnementainsi que plusieurs autres sujets. Les sujets fondamentaux de lasociologie sont souvent integres dans un cadre theorique et sont etayesquantitativement, qualitativement ou les deux a la fois. En meme temps,par des numeros speciaux sur la societe canadienne, la sociologieanglo-saxonne et francaise, l'ecole, les memoires de John Porter,le feminisme, le harcelement sexuel, les etudes culturelles, lesmouvements sociaux, l'environnement et la mondialisation, la RCS asuivi le rythme et en est meme arrivee, a certains moments, a guider ladiscipline alors qu'elle grandissait et qu'elle evoluait versdes spheres innovatrices. Les articles publies dans la RCS ont contribue a la productiond'un dialogue dynamique entre les sociologues et les autresintellectuels qui representent le courant dominant et la sociologiescientifique du Canada, qui est universitaire et parfois meme critique,radicale et oppositionnelle. En soi, la RCS represente eta constitue uncanal pour la diffusion des idees et d'un dialogue entre lesprofessionnels et les critiques universitaires canadiens. Cela nesignifie pas que la RCS n'a pas represente ou n'a pasinfluence d'autres domaines de la societe. En fait, elle acontribue grandement au developpement scientifique de la sociologie etde l'anthropologie canadiennes; elle a participe a nourrirl'evolution intellectuelle d'un grand nombred'universitaires des cycles superieurs et a sans contredit joue unrole important dans la conception des politiques d'organisationsprivees et publiques. La qualite de la production Les commentaires generaux qui precedent ne concernent pas laqualite des articles publies dans la RCS. Pour ce, nous devons nousinteresser a la facon dont les autres chercheurs percoivent la RCS etaux repercussions qu'elle a eues sur leur travail. Les citationsconstituent des mesures de l'influence d'une revue etrefletent la contribution d'un article a la recherche futured'autres universitaires. Elles representent la diffusion de faitset d'idees tels qu'ils ont ete introduits et integres dans unreseau de chercheurs. La base de donnees Google Scholar mise en ligne enoctobre 2009 peut etre utilisee comme une mesure de l'influence dela RCS pendant une certaine periode. Google Scholar est preferable auSocial Science Citation Index (SSCI) ou a d'autres index, parce queGoogle Scholar inclut des citations dans des livres, recense plus derevues que les autres bases de donnees de citations et constitue uneressource pour tous les specialistes. Il donne des indications sur laportee de la mission professorale dans les disciplines au-dela deslimites strictement universitaires. Comme le demontre le tableau 1, le nombre de citations par article,en moyenne sur un intervalle de cinq ans, etait d'environ 15 dansles annees 1960, pour chuter a un peu plus de 6 dans la decenniesuivante. Il a fluctue entre 6 et 10 citations par article de 1970 a2004. Il a baisse par la suite en grande partie en raison de lanouveaute des articles publies et du temps que cela prend avantqu'ils soient reconnus. A cet egard, Jacobs (2007) a compare larecherche sociologique aux ceuvres d'art, puisqu'il fautsouvent une periode de temps considerable avant que les oeuvresd'art soient reconnues aussi. De meme, le plein impact des articlespublies recemment dans la RCS ou toute autre revue ne se fera sentir queplusieurs annees apres leur publication. Hamilton (1990) a affirme que plusieurs articles qui ont etepublies n'ont jamais ete cites, par consequent, que la majorite desarticles publies etaient fondamentalement << sans valeur >>.Son etude des donnees de l'Institute for Scientific Information ademontre que 55% des articles publies n'avaient jamais ete citescinq ans apres leur publication. Son etude d'articles de sociologiea demontre que 77% des articles publies n'avaient fait l'objetd'aucune citation quatre ans apres leur publication (Hamilton1991). Cependant, l'etude d'echantillons de 533 articles de 19revues de sociologie publies entre 1974 et 1985, effectuee par Bott etHargens (1991), a demontre que seulement 9,2% de ces articlesn'avaient pas ete cites. Le pourcentage des articles publies dansla RCS n'ayant jamais ete cites est beaucoup plus faiblecomparativement a ce que rapporte Hamilton pour les Etats-Unis etressemble davantage a celui rapporte par Bott et Hargens. Seulement 15,3% des articles de la RCS publies entre 1964 et 2007 et 10,1% desarticles publies entre 2000 et 2005 n'ont pas ete cites par lasuite (Tableau 2). Une autre facon de constater les retombees de la RCS estd'evaluer les articles qui ont accumule le plus grand nombre decitations. Cela est important parce que ce ne sont pas tous les articlespublies dans une revue qui sont des etudes novatrices ayant une enormeinfluence sur les travaux des autres chercheurs. Jacobs (2007) indiqueque 379 articles publies dans l'American Sociological Review (ASR)entre 1955 et 1995 ont ete cites 500 fois ou plus. La RCS ne peutpretendre avoir des retombees aussi importantes que celles del'ASR. Cependant, il y a egalement des articles remarquables dansla RCS. Quatre articles ont accumule plus de 100 citations. Parmiceux-ci, on trouve: << A socio-economic index for occupations inCanada >>, par Blishen (623 citations); << No exit forwives: Sexual division of labour >>, par Meissner, Humphreys etMeis (171 citations); << The three political economies of thewelfare state >>, par Esping-Andersen (117 citations) et <<Occupational prestige in Canada >>, par Pineo et Porter (107citations). Il n'y a pas eu d'articles qui ont obtenu plus de100 citations a l'interieur d'une periode de cinq ans, etseulement un en a amasse plus de 50, comparativement a 9 articles entrela periode plus longue se situant entre 1964 et 2007 (Tableau 2).Ceux-ci sont enumeres dans l'annexe. Comment la RCS se compare-t-elle? Bien que les Canadiens aient tendance a se comparer a leurs voisinsdu Sud, il est plus raisonnable d'evaluer les forces et lesfaiblesses de la RCS avec d'autres revues canadiennes, comme lesCCS. Le premier numero des Cahiers est sorti en 1975, avec comme mandatde publier des articles de recherches et des essais theoriques novateursau Canada et ailleurs sur les problemes auxquels font face la societecanadienne et d'autres pays. De 1975 a 2007, les postes deredacteur et de coredacteur aux CCS etaient occupes par les deux memespersonnes bien que quatre autres redacteurs aient tenu la barre des CCSpendant des periodes de deux a trois ans chacun, de 1981 a 1997, et quedeux autres personnes aient agi en tant que coredacteurs de 1975 a 1985.En revanche, la direction de la RCS comprenait 18 differents sociologueset 7 anthropologues. La RCS peut certainement se vanter de la diversitede son comite de redaction. [FIGURE 1 OMITTED] Dans son histoire, les CCS a publie un article de Luhmann (1975)qui portait le titre de << Differentiation of society >>ayant accumule 790 citations. Cet article, qui a paru dans les CCS, aete le seul ayant eu plus de 100 citations. Sinon, les articles dans lesdeux revues ont eu des retombees semblables. Les deux revues ont publiedes articles ayant eu des citations d'une influence considerabledans les premieres annees de leur creation. Toutefois, leur incidence adecline et a fluctue meme a partir des annees 1980 (voir figure 1). Bienque les CCS aient publie des articles qui aient ete legerement moinssusceptibles de ne pas etre cites, la RCS a publie des articles quiavaient plus de chance de connaitre de plus grands succes. Neanmoins, lafigure 1 et les tableaux 2 et 3 montrent que generalement les deuxrevues ont obtenu des citations de retombees et de tendance semblables. Nous pouvons egalement utiliser la repartitionquantitatif-qualitatif comme autre mesure de la << scientificite>> des articles publies dans les deux revues. Parmi les articlespublies dans la RCS, 47% etaient quantitatifs, 47% etaient qualitatifset le reste constitue de methodes mixtes. Les chiffres comparatifs pourles CCS ont ete de 43, 47 et 10, respectivement. Les articlesquantitatifs ont obtenu un nombre plus eleve de citations dans la RCS(9,73 comparativement a 8,61 pour les CCS) alors que les articlesqualitatifs ont obtenu des scores quelque peu plus eleves de citationsdans les CCS (7,09, comparativement a 6,76 pour la RCS). En somme, les differences et les similarites observees entre la RCSet les CCS ne laissent pas apercevoir de differences notables entre lesdeux. En fait, une saine concurrence et la diversite des articlespublies dans ces deux revues canadiennes peuvent avoir aide a contrerles forces de la fragmentation qui sont predominantes dans les revuesspecialisees. Ces revues ont aide les sociologues canadiens acommuniquer entre eux et a tirer parti des recherches de chacun. Il convient de souligner qu'il n'y a aucune pretentiondans cette vue d'ensemble de predire l'avenir de la sociologiecanadienne, ni de suggerer que le nombre de citations est une sourceindeniable de qualite, ni que les articles publies dans la RCS sont demeilleure qualite que ceux des CCS. Toutefois, il existe une relationentre le nombre de citations et la qualite lorsque le premier est unecondition prealable de ce dernier. En fin de compte, le prestiged'une revue depend, entre autres choses, des auteurs qui soumettentleur meilleur manuscrit pour examen ainsi que d'un processusd'examen rigoureux qui assure la selection des meilleurs articleset que les auteurs dont l'article ale potentiel de devenir un textede grande qualite recoivent des commentaires efficaces afin qu'ilspuissent apporter des ameliorations a leur texte avant qu'il soitpublie. Conclusion Cette breve analyse revele qu'il y a beaucoup a celebrer dansl'histoire de la RCS. Au cours de ses 45 ans d'histoire, ellea publie plusieurs articles de grande qualite et ayant eu des retombeesimportantes, et a concouru a fournir de la nourriture intellectuelle auxcritiques et aux sociologues professionnels, aux etudiants des cyclessuperieurs, aux decideurs et a un segment du public. Bien que certainssociologues aient acquis des connaissances de ceux qui les detenaient,nous pouvons peut-etre avoir besoin de faire davantage pour rendre notreaction efficace. Le transfert des connaissances ne signifie pasnecessairement son mouvement au-dela des frontieres creees par lesdomaines des connaissances specialisees. Cela signifie plutotl'assimilation et le partage des connaissances dans plusieursdomaines, dont le grand public. Celui-ci a besoin de deceler les bonnesconnaissances et leurs avantages potentiels dans la vie quotidienne etd'en etre conscient. Le defi consiste a ameliorer l'acces aupublic ainsi qu'aux decideurs des vastes connaissances disponiblesa la RCS et a s'assurer que des articles pertinents et actuels sontpublies. A cet egard, la RCS a recemment publie un numero special encollaboration avec Statistique Canada sur les enquetes socialesgenerales canadiennes et projette d'en publier un autre sur lasante sexuelle et les droits sexuels en collaboration avec l'Agencede sante publique du Canada. La RCS a pour objectif de continuer ainnover et d'assurer la publication d'articles pertinents etactuels sur les problemes auxquels font face les citoyens canadiens etd'ailleurs. Annexe. Articles publies dans la Revue cites entre 50 et 100 fois Breton, R. 1984. << The production of and allocation ofsymbolic resources: And analysis of the linguistic and ethnoculturalfields in Canada >>, 21.1. Driedger, L. et G. Church. 1974. << Residential segregationand institutional completeness: A comparison of ethnic minorities>>, 11.1. Driedger, L. 1975. << In search of cultural identity factors>>, 12.2. Erickson, B.H. 1990. << How apolitical associationpoliticizes >>, 27.2. Finnie, R. 1993. << Women, men, and the economic consequencesof divorce: Evidence from Canadian longitudinal data >>, 30.2. Li, P. 2000. << Earning disparities between immigrants andnative-born Canadians >>, 37.3. Myles, J. 1988. << The expanding middle: Some Canadianevidence on the deskilling debate >>, 25.3. Ray, B.K. et E. Moore. 1991. << Access to homeownershipsamong immigrant groups in Canada >>, 28.1. Rueschemeyer, D. 1964. << Doctors and lawyers: A comment onthe theory of the professions >>, 1.1. Bibliographie Bott, D.M. et L.L. Hargens. 1991. << Are sociologists'publications uncited ? Citation rates of journal articles, chapters, andbooks >>. The American Sociologist, Ete, pp. 147-58. Hamilton, D.P. 1990. << Publishing by--and for--the numbers>>. Science, no 250, pp. 1331-32. Hamilton, D.P. 1991. << Research papers: Who is uncited now>>. Science, no 251, p. 25. Jacobs, J. 2007. << Further reflections on ASR'sgreatest hits >>. The American Sociologist, no 38, pp. 99-131. Luhmann, N. 1975. << Differentiation of society >>.Canadian Journal of Sociology, vol. 2, no l, pp. 210-33. * Je remecie Monica Boyd, Robert Brym and Terry Wotherspoon pourleurs commentaires et suggestions au suhet d'une premiere de cetexte. La version anglaise de ce document est publiee dans le numero 3 duvolume 47 de la revue canadienne de sociologie. Reza Nakhaie, Department of Sociology, University of Windsor,Windsor, Ontario, N9B 3P4. E-mail: nakhaie@uwindsor.ca.Tableau 1Impact moyen, intervalle de cinq ans (RCS, 1964-2007)Annees Moyenne N1964-1969 14,94 821970-1974 6,48 791975-1979 8,97 1271980-1984 6,35 1171985-1989 9,17 1391990-1994 10,67 1051995-1999 8,28 1002000-2004 9,64 982005-2007 3,62 61Total 8,82 908Tableau 2Nombre de citations pour chaque article (RCS) Periode Periode 1964-2007 2000-2005Citations % N % N0 14,1 128 10,1 161-5 41,5 377 49,1 786-10 19,2 174 17,6 2811-20 17 154 13,8 2221-50 6,8 62 8,8 1451-100 1 9 0,6 1101+ 0,4 4 -- --Total 100 908 100 159Tableau 3Nombre de citations pour chaque article (CCS) Periode Periode 1975-2007 2000-2005Citations % N % N0 11,4 55 8,5 101-5 42,7 206 44,4 526-10 22,0 106 21,4 2511-20 15,4 74 15,4 1821-50 7,3 35 9,4 1151-100 1 5 0,9 1101+ 0,2 1 -- --Total 100 482 100 117

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